Sonia Vermeulen a présenté « Analyse lexicométrique des biais genrés dans les évaluations d’enseignement universitaire » lors du 37e colloque de l’ADMEE-Europe à Bienne le 8 janvier 2026.
Résumé :
Les évaluations de l’enseignement par les étudiant·es sont largement utilisées dans les l’enseignement supérieur comme outil de pilotage et de régulation de la qualité pédagogique. Si leur rôle formatif et certificatif est central, de nombreuses études ont alerté sur la présence de biais dans ces évaluations, en particulier des biais genrés (Boring, 2017 ; Mitchell & Martin, 2018 ; Mengel et al., 2019). Ces biais affecteraient notamment la perception des compétences des enseignantes, souvent jugées moins compétentes ou moins légitimes que leurs homologues masculins. En contraste à la majorité des études fondées sur des questionnaires avec échelles de Likert, la présente étude s’appuie sur une approche lexicométrique, réalisée à l’aide d’IRaMuTeQ (Ratinaud, 2009), pour interroger si et comment les représentations genrées des enseignant·es se manifestent dans les commentaires libres inscrits par les étudiant·es dans les questionnaires d’évaluation d’un établissement universitaire suisse. À partir d’un corpus de plus de 14 000 commentaires, rédigés en réponse à deux questions ouvertes (« Quels sont les points forts de ce cours ? » et « Quels sont les aspects de ce cours à améliorer ? Autres commentaires : »), l’analyse s’intéresse aux choix lexicaux et aux structures discursives mobilisés selon le genre de l’enseignant·e évalué·e. Les résultats révèlent l’existence d’une architecture discursive commune mais asymétrique, dans laquelle des stéréotypes implicites se glissent (Sprague & Massoni, 2005 ; Sigurdardottir et al., 2022) : attentes relationnelles renforcées vis-à-vis des femmes, segmentation disciplinaire plus marquée pour les hommes, différences dans les attendus pédagogiques et les jugements exprimés selon la valence de la question. Cette recherche met ainsi en évidence que, loin d’être neutres, les évaluations de l’enseignement par les étudiant·es participent à la reproduction d’inégalités symboliques de genre (Trix & Psenka, 2003 ; Boring, 2017).









